Coup dur pour Abdoulaye Ouzérou. Battues 6-2 par le Mali dans les éliminatoires des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028, les Amazones seniors sont éliminées de la course à la qualification. Depuis, le sélectionneur national Abdoulaye Ouzérou essuie de nombreuses critiques. Si les interrogations sur ses choix sont légitimes, cette défaite doit-elle suffire à effacer les progrès enregistrés sous sa direction ? Au-delà de l’émotion, l’heure est au recul, à l’analyse et à la responsabilité.
En juillet dernier, lors d’une interview accordée aux Médias, Abdoulaye Ouzérou avait livré une déclaration qui prend aujourd’hui une résonance particulière : « Je n’attends qu’une seule chose, le moment où je vais tomber. C’est les mêmes qui vous ont levé qui vont vous descendre, ça arrivera ». Quelques mois plus tard, après la lourde défaite des Amazones seniors face au Mali (6-2), dans le cadre des éliminatoires des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028, le sélectionneur national se retrouve au cœur des critiques.
Comme s’il avait pressenti ce qui l’attendait, le technicien béninois semble aujourd’hui vivre ce scénario qu’il évoquait lui-même. Mais derrière cette phrase presque prémonitoire, une question mérite d’être posée : sommes-nous capables de juger le travail d’un entraîneur avec objectivité, même lorsque les résultats ne répondent plus à nos attentes ?
Une défaite douloureuse, mais pas un procès à sens unique
Soyons clairs : perdre 6-2 est un résultat difficile à accepter. Pour les supporters, les observateurs et tous ceux qui croient au développement du football féminin béninois, cette défaite est une véritable déception. Elle appelle des explications, une analyse sérieuse et des mesures correctives. Le sélectionneur national ne peut évidemment pas être soustrait à toute critique. Ses choix tactiques, la préparation de l’équipe, la gestion du match et les réponses apportées aux difficultés rencontrées doivent pouvoir être examinés. Mais analyser n’est pas condamner aveuglément.
Demander des comptes n’est pas nier tout ce qui a été accompli. Et surtout, une contre-performance, aussi lourde soit-elle, ne devrait pas devenir un prétexte pour jeter aux oubliettes l’ensemble du travail réalisé. Dans le sport de haut niveau, les victoires suscitent l’admiration et les défaites réveillent les jugements les plus sévères. C’est la règle. Toutefois, notre responsabilité collective consiste à ne pas laisser l’émotion prendre définitivement le dessus sur la réflexion.
La qualification au Mondial U20 : Un acquis à ne pas banaliser
Il faut également se souvenir du parcours des Amazones U20, qui ont réussi à qualifier le Bénin pour la Coupe du monde de la catégorie. Une performance historique pour le football féminin national. Pour une sélection qui, selon les éléments rappelés dans ce débat, n’existe que depuis cinq ou six ans et n’avait encore jamais disputé une Coupe d’Afrique des nations de sa catégorie, cette qualification représente une étape importante. Elle témoigne des progrès accomplis et de la possibilité, pour le Bénin, de se faire une place sur la scène internationale. La participation à la Coupe du monde en Pologne a néanmoins rappelé l’ampleur du chantier.
Le potentiel existe, mais il doit encore être consolidé par davantage de travail, une meilleure structuration, une préparation adaptée et une continuité dans les efforts. Cette qualification ne signifie pas que le football féminin béninois est arrivé à destination. Elle prouve plutôt qu’un chemin est possible, tout en mettant en évidence les exigences qu’il reste à satisfaire. Il faut donc éviter deux erreurs : considérer chaque victoire comme la preuve que tout fonctionne parfaitement et interpréter chaque défaite comme la démonstration que rien n’a jamais été bien fait.
Abdoulaye Ouzérou mérite-t-il d’être réduit à une défaite ?
Non, un sélectionneur ne peut pas être jugé uniquement sur ses succès. Mais il ne devrait pas davantage être résumé à une seule défaite, même lorsqu’elle est aussi lourde que celle concédée face au Mali. Abdoulaye Ouzérou n’est pas le seul technicien compétent dont dispose le Bénin. Il n’est pas non plus au-dessus de la critique. Toutefois, son implication dans la progression du football féminin béninois et les performances enregistrées sous sa direction méritent d’être examinées avec honnêteté. Reconnaître sa contribution ne signifie pas lui accorder un blanc-seing. Cela signifie simplement accepter qu’un parcours sportif se juge sur plusieurs critères : les résultats, la progression des joueuses, la qualité du travail, la cohérence du projet et la capacité à corriger les insuffisances.
Si des erreurs ont été commises contre le Mali, elles doivent être identifiées. Si des insuffisances existent dans l’encadrement, la préparation ou l’organisation, elles doivent être corrigées. Mais si des avancées ont été enregistrées, elles doivent également être reconnues. Le football béninois ne progressera pas en changeant systématiquement de jugement au gré des résultats. Il progressera en construisant une culture de l’évaluation, de la responsabilité et de la continuité.
Au-delà des émotions, la nécessité d’un projet durable
La véritable question dépasse aujourd’hui la personne d’Abdoulaye Ouzérou. Elle concerne l’avenir du football féminin béninois. Quel projet voulons-nous construire pour nos Amazones ? Quels moyens sommes-nous prêts à mobiliser pour accompagner les joueuses ? Quelle place accordons-nous à la formation, à la préparation physique, à la détection des talents et à la multiplication des compétitions de haut niveau ? Ces interrogations sont essentielles. Car on ne peut pas exiger des résultats durables sans réunir les conditions nécessaires pour les obtenir.
Le développement d’une sélection nationale ne se construit ni en quelques mois ni au rythme des réactions sur les réseaux sociaux. Il exige une vision, des ressources, de la méthode et une capacité collective à tirer les leçons des échecs sans détruire systématiquement ce qui a été construit. Le débat sur le maintien ou non du sélectionneur peut exister. Il appartient aux instances compétentes d’évaluer les performances et de prendre leurs responsabilités. Mais cette décision doit reposer sur des critères sportifs objectifs, et non sur la pression du moment ou sur des règlements de comptes personnels.
Une défaite ne doit pas effacer le chemin parcouru
En juillet, Abdoulaye Ouzérou avait prévenu : « C’est les mêmes qui vous ont levé qui vont vous descendre. » Aujourd’hui, cette déclaration résonne comme un rappel de la fragilité de la reconnaissance dans le sport. Hier célébré pour les progrès du football féminin béninois, le sélectionneur est désormais contesté après une élimination douloureuse. Entre ces deux perceptions, il existe pourtant une réalité plus nuancée : celle d’un travail qui peut comporter des réussites, des limites et des erreurs. Soutenir Abdoulaye Ouzérou ne signifie pas nier la défaite des Amazones seniors face au Mali. Cela signifie refuser que cette contre-performance efface tout le reste et défendre le droit à une évaluation juste, exigeante et équilibrée.
Le Bénin a besoin de critiques constructives, de responsables capables d’assumer leurs décisions et de techniciens prêts à se remettre en question. Il a surtout besoin d’une vision qui dépasse les résultats immédiats. Une défaite ne doit pas nous faire oublier le chemin parcouru. Une victoire ne doit pas nous faire croire que tout est acquis. Un peu de recul, un peu de mesure et beaucoup plus de lucidité : c’est aussi ainsi que progressera le football féminin béninois.








