Le ciel s’embrase sous les cris des supporters nigérians à Uyo, et sur la pelouse, les Guépards du Bénin se disloquent comme un château de sable balayé par la marée verte. 4-0, score lourd, brutal, mais mérité. Une claque tactique qui sonne comme un rappel à l’ordre. À ce niveau, la moindre erreur d’équilibre se paie cache.
Depuis plusieurs mois, le Bénin de Gernot Rohr s’était construit une identité claire. Une équipe disciplinée, compacte, bâtie sur un axe central Tijani–Verdon inébranlable. Mais à Uyo, le technicien allemand a brisé son propre chef-d’œuvre. Privé de Sessi D’Almeida et de Yohan Roche, suspendus, il a choisi de déformer son ossature plutôt que de faire confiance à son réservoir de milieux de terrain. Un pari risqué, devenu suicide tactique.
En décalant Verdon au milieu et en titularisant Cédric Hountondji dans l’axe, Rohr a touché au cœur de la machine. Il a séparé deux joueurs (Tijani et Verdon) qui parlaient le même langage défensif, et jeté dans l’arène un Hountondji sans repères, absent des onze de départ des Guépards depuis un an. Le désastre n’a pas attendu. Dès la 3ᵉ minute, sur une relance hésitante d’Imourane Hassan, Samuel Chukuweze intercepte et sert Osimhen dans le dos de Tijani, le Bénin est immédiatement puni. Le repositionnement d’Olivier Verdon au poste de sentinelle restera comme l’erreur fondatrice de ce naufrage.
Verdon n’a jamais eu le profil du “6” moderne, lecture lente, peu d’agressivité à la récupération, et un jeu sans ballon quasi inexistant. Il a gardé la balle trop longtemps, ce qui coupe les circuits de passes et étouffe les sorties de bloc. Le milieu béninois, orphelin de liant, s’est transformé en no man’s land. Autour de lui, ni Imourane Hassan ni Dodo Dokou n’ont su compenser. L’un manquait de volume, l’autre de densité physique. Les Nigérians ont alors pris le contrôle du cœur du jeu, ont multiplié les redoublements à deux touches entre Ndidi, Iwobi et Chukuweze.
Chaque fois que Verdon s’avançait, il laissait un trou béant entre les lignes. Ndidi y glissait des passes chirurgicales, et Osimhen s’y engouffrait comme un fauve flairant la proie. À la pause, le Bénin comptait déjà 12 ballons perdus dans sa moitié de terrain, dont 8 dans l’axe. C’est une hérésie à ce niveau.
Une charnière centrale dans repères
Dans l’axe, le duo Tijani–Hountondji a vécu un cauchemar. Hountondji, longiligne mais lent dans l’exécution, s’est fait aspirer hors de sa zone à plusieurs reprises. Tijani, solide sur l’homme mais statique sur la transition, n’a jamais réussi à couvrir dans son dos. Résultat, des espaces abyssaux entre les lignes, un boulevard offert à Osimhen, irrésistible dans ses appels diagonaux. Le Nigérian, tel un félin en chasse, a multiplié les courses à la limite du hors-jeu. Sa vélocité, combinée à la lenteur du duo béninois, a transformé chaque passe verticale en balle de match.
À la 37ᵉ minute, sur un centre venu de Chukwueze, Osimhen surgit entre les deux défenseurs, prend le dessus dans les airs et catapulte le ballon sous la barre. 2-0. Ce but symbolise tout, manque de lecture, absence de communication, lenteur d’exécution. La défense béninoise, autrefois compacte, est devenue friable, ouverte, perméable.
Un Sélectionneur tétanisé incapable de corriger le tir
L’un des principes fondamentaux du coaching, c’est l’ajustement. Quand ton plan initial échoue, tu répares, tu adaptes, tu réinventes.
Mais Gernot Rohr, ce soir-là, n’a rien corrigé. Ni le placement erratique de Verdon, ni la fébrilité de sa défense, ni le manque de liant au milieu. Même à 3-0, il a persisté avec la même structure, comme si le temps allait renverser la logique. Son mutisme tactique a achevé les Guepards. Aucun repositionnement, aucune prise de risque. Pas de densification de l’entrejeu, pas de bloc médian resserré. Le Bénin a continué de subir, d’encaisser, d’attendre la délivrance du coup de sifflet final comme une équipe résignée.
Certes, Rohr pouvait plaider les circonstances à savoir deux cadres suspendus, une profondeur de banc limitée, un adversaire supérieur techniquement. Mais un sélectionneur de son expérience ne doit pas se perdre dans des expérimentations au moment de vérité. Un match décisif exige de la fidélité à ses certitudes, non de l’improvisation. L’équipe béninoise disposait pourtant d’options crédibles comme Kossi, Ahlinvi, Attidjikou… autant de milieux capables d’apporter volume et densité. Les ignorer pour repositionner un défenseur central, c’est comme tenter de jouer une symphonie avec un violon désaccordé. Pour mieux comprendre, Olivier Verdon n’a plus été aligné au milieu de terrain depuis 8 ans. La dernière et la seule fois, il a au milieu, c’était dans un match amical à Malabo contre la Guinée Équatoriale (victoire 2-1 du Bénin) le 04 septembre 2017. À l’époque, Oumar Tchomogo, sélectionneur a fait un test lors de cette journée FIFA en associant Verdon et Djiman Koukou, et cela n’a pas été une grande réussite malgré la victoire 2-1 du Bénin à l’époque.
Cette défaite n’est pas seulement une élimination. C’est une alerte. Gernot Rohr a trahi son propre système, celui qui avait redonné de la fierté et de la cohérence aux Guépards. Il a voulu inventer là où il fallait consolider, chercher la surprise là où il fallait la rigueur. Le Nigeria, lui, n’a fait qu’appliquer la loi du plus fort. Compact, tranchant, lucide. Son pressing haut a étouffé les sorties béninoises, ses transitions ont puni chaque hésitation. Il reste à Rohr une mission, rebâtir la confiance et revenir à ses fondements.
Le Bénin n’a pas besoin d’expérimentations, mais de stabilité. Les Guépards doivent retrouver leurs repères, rejouer avec leurs certitudes, et surtout croire en ce qui les a menés jusque-là c’est à dire la solidarité, la discipline, la compacité. Car au bout du compte, cette humiliation (4-0) peut devenir un tournant, si elle sert de leçon. Les grandes équipes se construisent sur leurs cicatrices. À condition de ne plus s’ouvrir elles-mêmes les plaies et la CAN 2025, ça promet.
𝐂𝐚𝐫𝐢𝐧𝐨𝐬 𝐒𝐚𝐭𝐲𝐚 𝐂𝐡𝐚𝐧𝐡𝐨𝐮𝐧








