Le Bénin s’apprête à disputer l’Afrobasket U18 Féminin 2026 dans une poule particulièrement relevée, aux côtés du Mali, champion d’Afrique en titre, de l’Égypte et du Maroc. Pour Christian Olivier Quenum, analyste et technicien du basketball, les Amazones ont peu à perdre mais beaucoup à gagner. Dans cet entretien, il décrypte les forces et faiblesses des adversaires, identifie les clés du parcours béninois et livre le discours qu’il adresserait aux jeunes internationales avant leur entrée en compétition.
Coach, quel regard portez-vous sur le groupe du Bénin à cet Afrobasket U18 ?
Honnêtement, le tirage n’a clairement pas fait de cadeau aux Amazones. Le Bénin est dans une véritable « poule de la mort », avec le Mali, l’Égypte et le Maroc. Le Mali est champion d’Afrique en titre et fait figure de grande favorite. L’Égypte est une nation montante, très structurée, tandis que le Maroc possède également de sérieux arguments. Pour une équipe béninoise dont la majorité des joueuses découvrent une phase finale d’Afrobasket, le défi est énorme. Mais je préfère voir cette poule comme une chance. Ces filles vont affronter les meilleures équipes africaines de leur catégorie. C’est une expérience qui peut leur servir pour les prochaines années.
Commençons par le Mali. Que faudra-t-il faire pour résister aux championnes d’Afrique ?
Le Mali, c’est la référence. C’est une équipe physique, athlétique et très disciplinée tactiquement. Leur grande force réside notamment dans leurs intérieures, capables de dominer au rebond. Il faut aussi souligner qu’une bonne partie de ces joueuses évoluent ensemble depuis les catégories U16. Elles ont donc des automatismes et une culture collective très développée. Face au Mali, le premier défi sera physique. Il faudra limiter les deuxièmes chances, ne pas subir au rebond et surtout rester concentré pendant 40 minutes. Je ne veux pas dire qu’il faut aller sur le terrain avec l’idée de perdre. Mais il faut être réaliste : contre le champion d’Afrique, l’objectif sera aussi d’apprendre, de résister et de ne jamais abandonner.
Et l’Égypte ?
L’Égypte est différente. C’est une équipe très technique, collective et particulièrement dangereuse à l’extérieur. Elle possède de bonnes shooteuses et un jeu très structuré. Le défi sera donc davantage tactique. Les Béninoises devront être capables de défendre avec beaucoup de discipline et de contrôler les espaces. Il faudra également profiter des transitions offensives. Le Bénin doit courir, jouer rapidement et éviter de laisser l’Égypte installer tranquillement son jeu.
Le Maroc semble être l’adversaire le plus accessible pour le Bénin. Êtes-vous d’accord ?
Sur le papier, oui. Mais attention au piège marocain ! Le Maroc est une équipe athlétique, qui possède une bonne adresse à mi-distance et à longue distance. Les Marocaines jouent dur, avec une défense individuelle agressive. Elles sont également capables de faire très mal en contre-attaque. Certaines de leurs joueuses ont été formées en Europe, ce qui apporte forcément de l’expérience et de la qualité technique. Mais si le Bénin doit cibler une rencontre, c’est celle-là. Pour moi, le match contre le Maroc, c’est la finale du Bénin dans cette phase de groupes. C’est probablement sur cette rencontre que se jouera la troisième place et, éventuellement, la qualification.
Justement, quelles sont les véritables chances des Amazones ?
Honnêtement, elles sont minces. Sur le papier, le Bénin est l’outsider du groupe. Mais le basket n’est pas uniquement une affaire de statistiques ou de noms. Dans un match équilibré, l’équipe qui a le plus de cœur, de discipline et d’envie peut créer la surprise. Le Bénin doit donc jouer libéré. Il n’a rien à perdre et tout à gagner. L’objectif réaliste serait de prendre une victoire contre le Maroc et de viser la meilleure troisième place possible. Mais si les Amazones terminent avec zéro victoire, cela ne voudra pas forcément dire que la campagne est ratée. Si elles livrent des matchs courageux, limitent les écarts et emmagasinent de l’expérience, cela pourra être très important pour la suite.
Quels seront, selon vous, les principaux facteurs qui peuvent permettre au Bénin de créer la surprise ?
Il y en a plusieurs. D’abord, il faut courir. Le Bénin ne doit pas laisser les grandes nations poser leur jeu. Il faut imposer un rythme élevé. Ensuite, l’adresse extérieure sera fondamentale. Avec le déficit de taille auquel les Amazones seront confrontées, il faudra être capables de sanctionner à trois points. Une adresse d’au moins 35 % derrière la ligne serait un véritable atout. Le rebond sera également capital. Et là, ce n’est pas uniquement l’affaire des intérieures. Il faudra un box-out collectif à cinq. Tout le monde doit participer au rebond. Enfin, la discipline. Pas de pertes de balle inutiles, pas de précipitation et surtout une solidarité permanente.
La plupart des joueuses vont découvrir le très haut niveau continental. Est-ce un handicap ?
C’est forcément un facteur à prendre en compte. L’expérience internationale ne s’invente pas. Mais cette inexpérience peut aussi devenir une force si les filles jouent sans complexe. Elles doivent accepter qu’elles sont là pour apprendre, mais sans se comporter comme des victimes. Elles doivent regarder leurs adversaires dans les yeux. Le Bénin doit sortir de cette compétition avec des joueuses qui auront grandi. Si deux ou trois filles explosent véritablement dans les prochaines années et deviennent des cadres de la sélection en 2028, cette participation aura déjà produit quelque chose de très positif.
Si vous étiez aujourd’hui responsable technique des Amazones U18, quel discours leur tiendriez-vous avant le premier match ?
Je leur dirais simplement : « Les filles, on nous a mis dans la poule de la mort. Mali, championne d’Afrique. Égypte, une équipe très forte. Maroc, une formation athlétique et piégeuse. Ils pensent peut-être que le Bénin vient juste participer. Alors profitons-en. Les autres équipes ont la pression du résultat. Elles doivent gagner. Nous, nous avons la liberté de tout donner. Je ne vous demande pas de gagner trois matchs. Je vous demande trois choses. Premièrement : respectez le maillot que vous portez. Chaque rebond, chaque course, chaque défense doit être faite pour les millions de Béninois que vous représentez. Deuxièmement : jouez ensemble pendant 40 minutes. Le talent individuel ne suffira pas ici. Votre collectif sera votre force. Troisièmement : ne reculez jamais. Les Maliennes sont plus grandes ? D’accord. Les Égyptiennes tirent mieux ? D’accord. Mais personne ne doit courir plus vite et plus longtemps que nous. Personne ne doit se battre plus que nous. Mettez-y du cœur. Le match contre le Maroc, c’est notre finale. C’est lui qui décidera si nous continuons l’aventure. Contre le Mali et l’Égypte, on apprend, on grandit et on ne lâche rien. Mais nous voulons qu’elles se souviennent du Bénin. Peu importe le score final. Le seul véritable échec serait de sortir du terrain en se disant : “On aurait pu donner davantage.” Vous êtes des pionnières. Écrivez l’histoire. »









