Il y a des présidences qui se mesurent au nombre de trophées. D’autres, à la capacité d’un homme à remettre une maison debout.
Lorsque Mathurin De Chacus arrive à la tête de la Fédération béninoise de football, en 2018, le football national sort de plusieurs années de turbulences. Le championnat a connu les interruptions, les querelles ont fragilisé les institutions et la confiance s’est érodée. Le défi n’est donc pas seulement sportif. Il est d’abord institutionnel : rétablir la stabilité, restaurer la crédibilité et donner au football béninois une direction.
Le patron d’OFMAS choisit alors une méthode : rassembler, structurer et ouvrir le football béninois vers l’extérieur. Quelques semaines après son élection, il est reçu par Gianni Infantino. Quelques mois plus tard, le président de la FIFA effectue une visite à Cotonou. Le message est clair : le Bénin veut reprendre sa place dans le concert du football africain. De Chacus va plus loin. Il multiplie les contacts avec la FIFA et la CAF, défend les intérêts du football béninois et s’installe progressivement dans les cercles de décision. Jusqu’à devenir le premier Béninois à siéger au Conseil de la FIFA.
Le pari de la stabilité du Football
Mais la véritable bataille se joue à l’intérieur du pays. Pendant huit années, le championnat national masculin est organisé sans interruption. Après les saisons à répétition interrompues par les crises, cette continuité devient en elle-même un résultat. Et lorsqu’un championnat fonctionne, les partenaires commencent à revenir. Vitalor associe son nom à la compétition pendant deux saisons. Coris Bank prend ensuite le relais. OFMAS accompagne également la dynamique. Puis arrive Celtiis, avec un engagement de cinq ans qui donne une nouvelle dimension au financement du championnat. Le football béninois change alors progressivement de modèle : moins dépendant des improvisations, davantage tourné vers la construction d’un véritable écosystème.
Le football féminin sort de l’ombre
L’un des changements les plus visibles concerne le football féminin. Longtemps considéré comme le parent pauvre de la discipline, il gagne sous De Chacus une organisation plus régulière. Le championnat se structure, les joueuses disposent d’un cadre plus stable et de nouveaux talents émergent. À Lokossa, le projet de centre d’excellence vient compléter cette ambition. Portée avec l’appui de l’ancien président Patrice Talon, l’infrastructure traduit une conviction : le développement du football ne peut pas reposer uniquement sur l’équipe nationale A.
Il faut former. Très tôt. Et durablement. Cette stratégie commence aussi à produire des résultats chez les jeunes. Le Bénin décroche une qualification historique pour la Coupe du monde U20 et les Guépards U20 atteignent également les quarts de finale de la CAN de leur catégorie. Les sélections, autrefois sous tension, gagnent en résultats. Chez les seniors, Mathurin De Chacus fait un choix qui tranche avec certaines pratiques du passé : laisser les entraîneurs travailler. Pas de joueur imposé. Pas d’intervention dans les choix techniques. Pas de pression publique sur les sélectionneurs.
Le terrain doit décider ! Et le terrain finit par répondre. Le Bénin atteint pour la première fois les quarts de finale d’une Coupe d’Afrique des nations. Les Guépards signent des performances remarquées face au Ghana et au Cameroun, avant de sortir le Maroc. Une première victoire en phase finale contre le Botswana vient également marquer l’histoire. Puis, en 2025, le Bénin retrouve les huitièmes de finale. Une nouvelle étape franchie : le pays passe une nouvelle fois le premier tour d’une grande compétition continentale. Ce ne sont pas encore les sommets auxquels aspire le football béninois. Mais la trajectoire a changé.
Construire aussi loin que les résultats dans le Football
Une fédération ne se juge pas seulement à ses sélections. Il y a les terrains. Les centres. Les bureaux. Les ligues. Tout ce qui reste lorsque les projecteurs s’éteignent. Sous De Chacus, le centre de Missérété est réfectionné, le stade de Ndali modernisé et le siège de la FBF rénové. Plusieurs ligues bénéficient également de travaux et de nouveaux équipements. Les jeunes sont davantage exposés aux compétitions internationales et parviennent même à décrocher un trophée sur la scène mondiale. L’ambition est donc devenue plus large : ne plus simplement chercher le résultat du week-end, mais construire une chaîne du football, de la formation aux équipes nationales.
Huit ans plus tard, quel héritage pour de Chacus ?
Deux mandats, huit années. Au moment de tourner la page, Mathurin De Chacus laisse une Fédération qui n’est plus celle qu’il avait trouvée en 2018. Le championnat a retrouvé la continuité. Les partenaires économiques sont revenus. Le football féminin a gagné en visibilité. Les catégories de jeunes ont franchi des caps. Les infrastructures ont été renforcées. Les sélections ont écrit quelques-unes des plus belles pages de leur histoire récente. Tout n’a évidemment pas été parfait. Il reste des défis, des infrastructures à développer, des compétitions à rendre encore plus solides et surtout un championnat à hisser vers davantage de compétitivité. Mais une chose est difficile à contester : en huit ans, le football béninois est passé d’une logique de survie à une logique de construction. Et c’est peut-être là que se trouve le principal bilan de Mathurin De Chacus : avoir transformé la stabilité en point de départ. Le reste appartient désormais à la génération qui arrive.








