Le Bénin a entamé sa CAN 2025 par une défaite frustrante face à la République démocratique du Congo (0-1), ce mardi au Maroc. Un but de Bongonda dès la 16e minute a suffi à faire basculer une rencontre que les Guépards ont abordée avec prudence, presque avec résignation.
Dès les premières minutes, l’atmosphère trahit le scénario à venir. Le stade vibre à chaque possession congolaise et le jeu béninois s’installe dans une lenteur calculée. Les Guépards refusent l’emballement. Les défenseurs se parlent beaucoup, les milieux demandent le ballon… pour le rejouer aussitôt vers l’arrière. La RDC observe, patiente, et jauge. Puis survient la 16e minute. Un long ballon anodin, presque sans danger apparent, flotte dans l’air en direction de Saturnin Allagbe. Yohan Roche se place, temporise, puis esquive inexplicablement le ballon. Bongonda surgit, profite de cette naïveté défensive et ajuste Allagbe sans trembler (1-0). Le Bénin encaisse, et avec lui, son plan de match se fissure.
Personne ne se trompait sur l’écart théorique entre les deux équipes. La RDC arrive avec le statut de troisième de la dernière CAN, habituée aux grands rendez-vous et toujours en course pour la Coupe du monde. Le Bénin, lui, se présente diminué, privé de quatre cadres majeurs : Steve Mounié, Junior Olaitan, Mohamed Tijani et Dandjinou. Gernot Rohr a donc décidé de bricoler. Rodolfo Aloko retrouve une place de titulaire. Jodel Dossou démarre également. En défense centrale, Rohr associe Olivier Verdon et Yohan Roche, un duo inédit à ce niveau. Sur le terrain, l’option expose les limites d’une charnière encore en rodage, sans automatismes ni repères solides face à des attaquants congolais mobiles et opportunistes.
Le plan Rohr : jouer bas, ralentir, survivre
Très vite, l’intention tactique du sélectionneur béninois apparaît clairement. Le Bénin ne cherche pas à imposer un tempo. Il cherche à l’éteindre. Les Guépards installent un faux rythme assumé, presque provocateur. Les passes circulent entre les défenseurs et les milieux défensifs. Le ballon recule plus qu’il n’avance. Sessi d’Almeida, Imourane Hassan et Dodo Dokou jouent majoritairement en retrait. À chaque tentative de projection, le jeu revient vers la base, comme pour casser toute velléité d’accélération. L’objectif se devine sans détour : contenir la RDC, l’endormir, l’empêcher de prendre de la vitesse, et accrocher un match nul jugé précieux dans ce contexte d’effectif amputé.
Cette stratégie saute aux yeux. La RDC accepte ce rythme. Elle reste compacte, patiente, sûre de sa supériorité athlétique et technique. Le Bénin monopolise parfois le ballon, mais sans jamais déséquilibrer le bloc adverse. Le plus inquiétant n’est pas dans le but encaissé, mais dans la réaction qui suit. Même menés, les Guépards ne changent pas de logiciel. Le jeu reste latéral, prévisible, sans prise de risque. Aucune montée en puissance émotionnelle, aucun pressing haut pour secouer l’adversaire. Quand le Bénin s’approche enfin des trente derniers mètres, la précipitation prend le dessus. Des frappes lointaines, mal ajustées, remplacent la construction. On sent une équipe qui veut marquer sans vraiment savoir comment. La RDC, loin d’être impériale, laisse pourtant des espaces entre ses lignes. Le Bénin ne les exploite pas.
Un secteur offensif orphelin d’un vrai point d’ancrage
L’absence de Steve Mounié pèse lourd, très lourd. Sans homme de surface capable de fixer les défenseurs, le jeu béninois manque de profondeur et de présence dans la zone de vérité. Tosin Aiyegun se bat, décroche, propose des appels, mais ne parvient jamais à peser réellement sur une défense congolaise pourtant prenable. Les centres arrivent trop rarement, et quand ils arrivent, personne ne les attaque avec conviction. Chaque ballon qui traverse la surface congolaise donne la même impression d’inachevé. Il manque ce tueur, ce point de fixation, ce leader offensif capable de transformer une demi-occasion en but.
Il faut attendre les trente dernières minutes pour voir un autre visage du Bénin. Les lignes se desserrent légèrement. Les Guépards osent davantage. Quelques séquences offensives plus construites émergent enfin, portées par une envie nouvelle, presque libératrice. L’entrée du jeune Amoussou apporte du dynamisme. Son impact ne change pas le score, mais réveille un secteur offensif jusque-là anesthésié. Cette entrée pose d’ailleurs question. Jodel Dossou, en difficulté dès la demi-heure de jeu, semble émoussé très tôt. Gernot Rohr attend longtemps avant de procéder à son premier changement, comme s’il espérait que le plan initial finisse par fonctionner par miracle.
Une défaite riche d’enseignements
Le Bénin n’a pas livré un match catastrophique. L’organisation défensive tient globalement, en dehors de cette erreur lourde de conséquences. Le collectif reste en place. Pourtant, vouloir jouer le nul dès le coup d’envoi face à une équipe plus forte sur le papier pose question. Dans une compétition comme la CAN, l’audace fait souvent la différence. Avec un groupe rajeuni, Gernot Rohr gagnerait à miser sur l’insouciance, sur la projection, sur la capacité de ses joueurs à exprimer leurs qualités plutôt que de les enfermer dans un faux rythme stérile. Multiplier les passes vers l’arrière n’a rien apporté, si ce n’est rassurer l’adversaire.
La suite ne laisse aucune place au doute. Avec le retour attendu de Steve Mounié, Junior Olaitan, Mohamed Tijani et Dandjinou, le Bénin devra changer de visage. Face au Botswana, considéré comme l’équipe la plus faible du groupe, seule la victoire comptera. En tout cas, cette défaite inaugurale agit comme un avertissement clair. Les Guépards devront défendre leurs chances avec ambition, courage et personnalité.
Cari Miton








